Vinosesam Dégustation

Dégustation au Domaine Salwey

à Oberrotweil / Kaiserstuhl, le 14 octobre 2010

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Dégustation au Domaine Salwey

Je tiens personnellement Wolf-Dietrich Salwey, hélas disparu tout récemment, pour le meilleur vigneron de Bade. Rigoureux, précis, attaché à la tradition d’une viticulture de qualité, il balaye d’un revers de main tout ce qui ressemble de près ou de loin aux « tendances » ou modes du moment. Rien ne lui est plus étranger que les vins « techniques » ou « fabriqués », où le « laboratoire » a cherché à corriger ou à masquer une vendange hâtive et approximative.

Chez Salwey, les raisins ont évidemment atteint l’indispensable maturité physiologique. On ne trouvera donc chez lui ni des pinots noirs hyperconcentrés, aux aromes de jeune ou de vieille planche, ni des vins blancs secs (pinot blanc, pinot gris, riesling) dont la verdeur, hélas très en vogue depuis peu dans une autre région d’Allemagne, rivalise avec l’amertume. Les vins de Salwey sont nets, élégants, denses, issus de raisins mûrs dont on perçoit le fruit et la matière : le plaisir, trop souvent négligé au profit d’un académisme intellectualisant, est donc au rendez-vous ici, comme il l’est à mon sens trop rarement.

De ma dernière et exhaustive dégustation d’octobre 2010 au Domaine Salwey à Oberrotweil / Kaiserstuhl, je retiendrai en particulier les vins suivants :

I. Rouges

Parmi les pinots noirs (Spätburgunder), j’ai apprécié le nez de griotte, typique mais subtil, du Glottertal trocken 2007, avec une bouche sur le fruit, toute en nuances élégantes.

J’ai noté ensuite le Kirchberg GG 1 (« Grosses Gewächs », c’est-à-dire grand cru) 2008, à la bouche dense et fondue, d’une matière à maturité et au tannin superbement intégré.

Enfin, je ne voudrais pas passer sous silence l’extraordinaire Kirchberg *** 2003, à la robe rubis, au nez intense de pinot noir, ascendant en bouche, d’une puissance maîtrisée, avec des notes de baies noires, de sureau notamment. Le retour est long, harmonieux, tout en finesse. C’est un vin rare, où l’on songe aux plus grands vins bourguignons de la Côte de Nuits. Une splendeur.

II. Rosés de pinot noir (Spätburgunder Weissherbst)

J’avoue ne pas être grand amateur de vins rosés. Je n’en suis que plus sensible à l’agrément du Kaiserstuhl Kabinett trocken 2009, à la bouche vive et fruitée, aux aromes de mirabelle. La séduction devient presque irrésistible lorsque se présente le RS (Réserve Salwey) Glottertäler Eichberg Spätlese (VT) 2009, expressif et complexe, dont l’acidité fruitée, parfaitement intégrée, fait oublier ses 15 degrés d’alcool.

III. Blancs

Une première surprise vient de l’assemblage inusité de pinot blanc (Weissburgunder, 80%) et de chardonnay (20%) 2009. Le résultat est convaincant : le vin, bien dense grâce à l’apport du chardonnay, s’épanouit en finale sur un fruit racé qui en fait un accompagnement de choix pour un repas délicat.

Toutefois, cet assemblage rare ne doit pas faire oublier l’extraordinaire pinot blanc pur du Henkenberg GG (grand cru) 2009, très expressif au nez, minéral et profond en bouche. C’est peut-être le plus grand pinot blanc qu’il m’ait été donné de déguster.

Une autre surprise m’attend : un étonnant muscat blanc (Muskateller) RS Oberrotweiler Kirchberg Spätlese 2009, vinifié en sec comme tous ses vins. Le nez est typé, mais en élégante discrétion. De même, la bouche, finement muscatée, nous offre le plaisir d’un vin sans concession, long et tout en fraîcheur.

Parmi les pinots gris (Grauburgunder) présentés ensuite, tous étonnants de distinction, je retiendrai surtout l’Eichberg GG Glottertal 2009 au nez anisé, légèrement fumé. Quant à la bouche, elle est droite, fruitée, juteuse sans excès. La matière est belle, complexe, assurant un long retour. Une grande réussite.

Enfin, la dégustation aborde le riesling, qui n’est pas le cépage le plus répandu dans la région viticole de Bade. On peut même l’y considérer comme assez marginal, pour ne pas dire négligé. Je n’en suis que plus heureux de pouvoir attirer l’attention sur la grande classe de l’Eichberg GG Glottertal 2009, dense et  vibrant en bouche, ainsi que sur le même cru dans le millésime 2008, légèrement fumé au nez, bien typé et long, à l’acidité fondue.

Oserais-je dire, pour terminer, combien j’ai été séduit par l’entrée de gamme, le Kabinett Glottertal 2009? Aromatique au nez, bien mûr et sur le fruit en bouche, voilà un riesling comme on les aime : sa vivacité exempte de toute dureté lui assure un avenir de plaisir pour l’amateur de rieslings authentiques et sans concession. Un régal.

 

1 Il est à noter que les vins qualifiés de GG doivent avoir le niveau de maturité Auslese.

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